La saga de l'aviation (2)
Cette saga de l'aviation (deuxième partie)
fait partie d'un triptyque (mesure
du temps, aviation et astronautique) qui a été réalisé
par des élèves de 4 classes de 3e du collège
Georges Pompidou à Orgerus (1997 à 1999) dans le
cadre d'une réalisation sur projet encadrée par
Solange E. leur professeur de technologie.
Les
planeurs
Un
dimanche matin de décembre 1856, sur la plage de Tréfeuntec
en Bretagne, un marin français, le capitaine Jean-Marie
Lebris, monte dans un engin de sa fabrication, aux ailes mobiles,
qu'il a placé sur une charrette. Une longue corde, enroulée
au pied de son cocher, relie le planeur à la voiture. L'équipage
part vent debout, au trot du cheval. Lebris agit alors sur les
ailes, comme pour faire décoller un cerf-volant : hourra
! le planeur décolle avec son pilote, ... mais aussi le
cocher dont le buste s'était pris dans la corde. Des témoins
estiment le planeur à environ 100 m, quand Lebris, s'apercevant
de la situation inconfortable de son cocher, "effaça"
les ailes et redescend doucement. Il manuvra suffisamment
bien pour poser tout l'équipage sans dommage sur la plage.
La démonstration est faite : on peut s'envoler autrement
qu'en courant du haut d'une colline, et on doit pouvoir maîtriser
sa descente. Il reste à se maintenir en vol : monter, descendre,
virer au bon gré du pilote.
L'observation assidue des oiseaux planeurs et les
multiples essais permettent la découverte de "courants
d'air" dus en partie au relief, en partie aux nuages. Certains
montent, ce sont les courants ascendants, d'autres descendent,
se sont les courants descendants. On trouve notamment un courant
ascendant autour de chaque relief et sous chaque cumulus. L'air
tournant, tout courant ascendant engendre un courant descendant.
En "sautant" d'un courant à un autre, on peut
s'élever dans le ciel ou redescendre. La science qui étudie
ses phénomènes s'appelle "l'aérologie
du vol à voile".
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On
distingue l'onde de relief, due au courant d'air qui se cogne
sur un massif et l'onde thermique due à l'échauffement
du sol par le soleil. |
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Cette
théorie commence à être bien connue quand
éclate la seconde guerre mondiale. Les militaires cherchent
à "prendre l'ennemi par surprise". Le silence
du planeur ne peut que séduire les armées. C'est
ainsi que les allemands commencent à l'utiliser en 1941
en Crète. En 1942, la société britannique
AIRSPEED crée le 1er planeur de combat baptisé Horsa.
Pouvant charger jusqu'à 25 hommes et leur équipement,
il s'avère capital pour les alliés en larguant en
masse soldats et vivres au-delà des lignes ennemies, la
nuit. Le Horsa sera construit à 3655 exemplaires, malgré
un inconvénient majeur : il ne peut pas redécoller
!
De nos jours, le planeur n'a toujours pas acquis
son autonomie au décollage et reste tributaire de la présence
d'une force externe pour le lancer dans les airs. Deux systèmes
sont actuellement utilisés : le treuil qui le propulse
ou l'avion à moteur qui le tire par un câble jusqu'à
ce qu'il ait atteint l'altitude désirée.
Il
existe cependant des planeurs mixtes (motorisés pour le
décolage et dont le moteur se rentre dans le fuselage après
le décolage). Moteur rentré, ils se comportent comme
des planeurs de club.

Dans le civil, les adeptes du vol à
voile sont de plus en plus nombreux. Pour gagner en légèreté,
le bois et la toile qui constituaient les premiers appareils ont
laissé place aux fibres de verre, de carbone et d'aramide
(comme le Kevlar). Ces planeurs s'appellent "les tout plastique".
Les plus perfectionnés pèsent à peine plus
lourd que leur pilote. Lors des compétitions, le vainqueur
est celui qui parcourt la plus grande distance, ou qui atteint
la plus haute altitude. En montagne, les courants ascendants peuvent
emmener le pilote jusqu'à 15 000 m ! L'élégance
du planeur et son silence en altitude en font un des plus joli
jouet sportif qui se pilote par plaisir.
Les débuts de l'aviation
à moteur
Avec les ballons et les planeurs l'homme a réussi
à vaincre en partie la pesanteur, mais ces engins restent
à la merci du plus petit vent. De plus, si les ballons
font partie de ce que l'on appelle les "plus légers
que l'air", et décollent spontanément, les
autres appareils appartiennent à la catégorie des
"plus lourds que l'air" : comment faire décoller
un objet cloué au sol par la pesanteur ? La même
idée germe simultanément dans la tête de plusieurs
inventeurs : utiliser le moteur. Mais les moteurs connus à
cette époque sont lourds et encombrants. Il faut donc inventer
des petits moteurs légers, compacts et qui produisent suffisamment
d'énergie pour décoller et voler. Vers 1840, 2 anglais,
Henson et Stringfellow, fabriquent un petit moteur à vapeur
qu'ils essaient sur un modèle réduit. En 1857, Félix
du Temple adapte son mouvement d'horlogerie à une maquette
avec succès. Mais lorsqu'en 1874, il construit sa machine
de taille réelle, elle ne vole qu'une seule seconde !
Le
français Clément Ader, inventeur d'un microphone,
choisit comme modèle la chauve-souris pour fabriquer son
engin baptisé "EOLE", dieu du vent de la mythologie
grecque, muni également d'un moteur à vapeur miniaturisé.
En 1890, il s'élève de 20cm sur 50 m. C'est le 1er
essai concluant. Décidé à en construire d'autres,
il appelle ses engins des "AVIONS" du latin "Avis"qui
signifie "oiseau". Malheureusement, ses tentatives suivantes
se soldent par des échecs. Ses travaux ne seront reconnus
qu'après sa mort : on le surnommera "le Père
de l'aviation" et le mot avion s'élargira à
toute machine volante à moteur.
En
1903, les frères Wright réussissent en Caroline
du Nord un vol de 12 secondes avec un moteur ultra léger
à gazoline, sur le "FLYER". En 1906, un riche
brésilien, Santos-Dumont, s'élève de 3m pendant
60 m, au-dessus de la pelouse de Bagatelle. Un mois plus tard,
il vole pendant 220 m à une altitude de 5 m. A partir de
ce moment, tout s'accélère et les exploits se succèdent
dans le monde entier. On le doit en partie aux journalistes, qui,
dans un but publicitaire, proposent des sommes attractives pour
traverser mers et continents.

C'est
ainsi que Blériot, à court d'argent, tente, un matin
d'été 1909, la traversée de la Manche. Il
décolle de Calais à bord de son Blériot XI
et atterrit à Douvres, 37 km plus loin.
En août 1909, le 1er meeting aérien
international s'ouvre à Reims pour 8 jours.
En 1911, Cal Rodgers, un audacieux pilote américain
relie la côte Est à la côte Ouest des États-Unis,
soit 3700 km en 47 jours, après que son avion ait été
frappé par la foudre, éventré par une mouette,
endommagé par de multiples atterrissages manqués
et pillé par des amateurs de souvenirs.
Pendant ce temps, le 1er vol aéropostal
a lieu en Inde.
En
1913, l'avion à cabine fermée naît.
Ainsi
que le 1er monocoque.
Igor Sikorsky pilote le 1er avion multimoteur.
Rolland Garros traverse la Méditerranée
sans escale de Cannes à Tunis, en 7h53'... il n'avait que
8h de carburant !
Adolphe Pegoud, en exécutant pour la 1ère
fois, sur un Blériot, un looping, crée l'acrobatie
aérienne.
Cette année s'achève dans la gloire.
Rien qu'en France, plus de 600 brevets de pilote sont décernés.
Mais la rivalité commence à s'installer entre les
nations pour conquérir la maîtrise de l'air.

Les avions de la
grande guerre
Pendant les six premiers mois de 1914, l'aviation française
brille d'un éclat sans rival. Tous les grands records mondiaux
lui appartiennent : altitude (6120 m), vitesse (204 km/h), distance
(1000 km en ligne droite) et durée (16h30 sans escale).
Au printemps, l'enthousiasme de la population et de la jeunesse
est au plus haut niveau. Mais l'approche de la guerre se fait
de plus en plus sentir, et le 2 août, tous les pilotes,
civils et militaires sont mobilisés. Le 4 août 1914
au matin, les journaux parisiens sont barrés de titres
énormes en lettres de deuil : "l'Allemagne déclare
la guerre à la France". Les grandes manuvres
de 1910, 1912 et 1913 ont bien entraîné l'aviation
française à la reconnaissance, mais elle n'est pas
préparée aux combats aériens. Certains pilotes
ne sont armés que d'un revolver.
Le
Military Flyer, construit par les frères Wright en 1909,
avait ouvert la voie à l'aviation militaire. Version améliorée
du Flyer original, il comportait un siège supplémentaire
pour le mitrailleur.
En
1913, le prototype britannique B.S.I (Blériot Scout 1),
ressemblait déjà à un avion de combat. L'équipement
des pilotes doit être modifié pour affronter le froid
des hautes altitudes : on fabrique donc des combinaisons en cuir
et peau de mouton et on dote les pilotes de gants et bottes fourrées.
Les lunettes s'avèrent indispensables pour se protéger
des projections d'huile émises par le moteur rotatif et
l'hélice. L'écharpe flottante sert à s'essuyer
les lunettes.
Les
premières bombes sont larguées le 30 Août
1914 sur Paris, d'un avion allemand appelé "Taube".
C'est un engin ressemblant encore à un oiseau et suffisamment
stable pour que le pilote puisse lâcher les commandes le
temps nécessaire à lancer la bombe.

Des
deux côtés, on songe à équiper les
avions de mitraillettes. Mais les ailes de bois et de toile ne
peuvent supporter un tel poids. On les place alors dans un cockpit
séparé, devant ou derrière le pilote. Mais
encore faut-il ne pas scier l'hélice ! Rolland Garros imagine
de se servir de plaques de métal pour dévier les
balles tirées à travers l'hélice. Mais ce
système nuit à la précision du tir. Anthony
Fokker invente un interrupteur permettant de synchroniser les
tirs au passage des pales. Bien que certains pilotes détruisent
leurs hélices, les Allemands deviennent les maîtres
du ciel.
Ils
gardent leur suprématie en sortant, en 1916, un nouveau
modèle d'avion : le Fokker Dr I. Ce triplan doit surtout
sa renommée à un "as", le baron Manfred
von Richthofen. Il peint son avion en rouge vif et incite les
pilotes volant sous ses ordres à en faire autant. On le
surnomme le "Baron rouge" et sa redoutable escadrille,
le "cirque volant". Après avoir abattu 80 appareils
ennemis, il se fait lui-même descendre le 21 avril 1918.
Les
alliés perfectionnent également leurs appareils
: c'est la course aux avions de guerre les plus rapides et les
plus maniables. Cette course est d'autant plus difficile que l'industrie
n'y était pas préparée : manque de main uvre
qualifiée et d'outillage.
A
la fin de la guerre, les deux camps ont mis au point des chasseurs
redoutables, rapides et armés de mitrailleuses pouvant
tirer 400 coups par minutes, tel le Fokker DVII, allemand, ou
le Spad SXIII, français.
à
suivre...