La saga de l'astronautique
Cette saga de l'astronautique fait partie d'un
triptyque (mesure du temps, aviation
et astronautique) qui a été réalisé
par des élèves de 4 classes de 3e du collège
Georges Pompidou à Orgerus (1997 à 1999) dans le
cadre d'une réalisation sur projet encadrée par
Solange E. leur professeur de technologie.
Introduction
Depuis l'antiquité,
l'homme a soif de découvertes et de conquêtes. Mais
aujourd'hui, toutes les terres jusqu'alors inconnues ayant été
colonisé, on se tourne vers l'univers. Mais comment aller
dans l'espace ? Les chercheurs s'appuyèrent alors sur une
invention chinoise datant de 3000 ans avant Jésus Christ
: le feu d'artifice. C'est ainsi que commença cette passionnante
aventure.
Mais comment cette idée est-elle venue ?
Quelles ont été les principaux acteurs de cette
recherche menée depuis plusieurs millénaires ?
Attention, préparez-vous à
un décollage explosif pour partir à la rencontre
de cette merveilleuse histoire racontée par les élèves
de troisième du collège Georges Pompidou à
Orgerus.

Les fusées de
l'antiquité jusqu'au XIXe siècle
Dans l'Antiquité, les chinois inventent
de multiples potions dont ils recouvrent le corps des défunts
pour leur rendre la vie et trouver ainsi le remède pour
l'immortalité. Au cours de leurs expériences, ils
découvrent qu'un mélange composé de salpêtre
et de charbon peut exploser. La légende raconte que, vers
3000 ans av.J.C., un mandarin tente de gagner la lune sur un engin
de sa fabrication constitué de 2 cerfs-volants et propulsé
par 47 fusées qui devaient être allumées simultanément
par 47 esclaves. Une fusée ayant été mal
allumée, il périt dans l'incendie de son appareil.

Les
chinois trouvent deux utilisations à leur découverte
:
- associé à des colorants, ils inventent de magnifiques
feux d'artifices.
- associé à une flèche, ils
en font une arme redoutable que l'on dirige facilement vers l'ennemi.
Ces flèches comportent près de leur extrémité
un tube en papier laqué, scellé à l'avant
et ouvert à l'arrière. On rempli ce tube de 10%
de charbon de bois, de 75% de salpêtre et de 15% de soufre.
Ce mélange est appelé "poudre noire".
Les 1ères batailles ne concernent d'abord que les villages
voisins : les flèches ainsi lancées mettent le feu
aux habitations construites en bambou. Puis cette arme se répand
à travers le monde comme une ... traînée de
poudre.
Selon l'historien grec Hérodote, les byzantins
utilisent ces fusées à la bataille de Platées
en 479 av.J.C. Au cours de leur trajectoire aérienne, leurs
flammes sont suivies d'une queue lumineuse et d'un long sifflement
: on les appelle ainsi "feu grégeois".
Quatre cents ans plus tard, les chinois repoussent
une invasion tartare grâce à cette arme.
Au XIe siècle, lors du siège d'Antioche,
ces flèches refont leur apparition.
En
1232, les chinois assiégés dans la ville de Kaifeng,
repoussent les envahisseurs mongols grâce à ces fusées
qui mettent le feu aux tentes et aux fortifications en osier.
Antoine Gaubil, un missionnaire français, décrit
cette bataille ainsi : "Quand on mettait le feu, cela
faisait un bruit semblable à celui du tonnerre. L'endroit
où les flèches à feu tombaient se trouvait
brûlé, et le feu s'étendait sur plus de deux
mille pieds."
10 ans plus tard, les mongols empruntent ce procédé
pour envahir l'est de l'Europe, notamment lors de la bataille
de Legnica. Puis ce sont les arabes qui attaquent Valence, en
Espagne, à la fusée. A la même époque,
les habitants de Padoue l'utilisent contre la ville de Mestre,en
Italie.
Les italiens baptisent cette arme "rochete",
que les français traduiront par "rochette", puis
"roquette", qui donnera le mot anglais "rocket".
En 1428, pendant la guerre de 100 ans, c'est au
tour des français de l'utiliser, notamment lors de la levée
du siège d'Orléans. En 1450, les français
libèrent la Normandie en lançant ces fusées
contre les chars anglais en bois.
Ces flèches ont la particularité
de continuer à brûler sur l'eau. On va donc tout
naturellement les utiliser pendant les batailles navales. Elles
permettent également de reconstituer les batailles importantes
devant la cour du roi, en présentant, par surcroît,
de magnifiques spectacles.

Au XVIe siècle, on utilise la poudre noire
pour les travaux publics, dans les mines, mais l'artillerie devient
plus efficace avec les canons contre les enceintes fortifiées,
et les fusées ne sont plus consacrées qu'aux plaisirs
des yeux. On ajoute diverses substances pour colorer la flamme.
On
obtient ainsi :
- des flammes vertes avec des sels de baryum ou
de cuivre,
- des flammes rouges avec des sels de potassium
- des flammes blanches avec de l'antimoine,
- des flammes bleues avec des sels de zinc,
- des flammes jaunes avec des sels marins.
En 1799, on assiste au retour de la fusée
militaire lors du siège de Seringapatam, en Indes. Les
anglais, dirigés par le colonel Willliam Congreve, essuient
de lourdes pertes face aux 5 000 fuséens de Tipu Sahib.
Instruit par l'expérience, William Congreve, de retour
en Angleterre, crée, à Wollwich, un atelier de constructions
de fusées. Certaines ont une portée exceptionnelle
de 3 000 m ! En 1906, les anglais attaquent le port de Boulogne
pour neutraliser la flotte de barques que Napoléon a rassemblée
en vue d'une invasion de la Grande-Bretagne. L'attaque est couronnée
de succès. En 1807, la grande flotte française stationnée
dans le port de Copenhague, et la ville elle-même, sont
presque entièrement détruites par plusieurs milliers
de fusées. Les succès de Congreve continuent ...
jusqu'à Waterloo, qui signe la défaite de Napoléon.
En 1825, presque tous les pays ont copiés la fusée
de Congreve. Les performances ne cessent de s'accroître,
tant dans la portée que dans la précision. C'est
ainsi, que certains scientifiques imaginent sérieusement
l'emploi de fusées pour se propulser dans l'espace. Ils
rejoignent le rêve d'écrivains "futuristes",
tels Cyrano de Bergerac au XVIIe siècle, ou Jules Vernes,
en 1865, dans son roman "De la Terre à la Lune".
| |


|
Une
fusée se compose d'une chambre à combustion
(où l'explosion a lieu) et d'un col ouvert (comme une
bouteille) appelé tuyère. La fusée fonctionne
selon 2 principes :
1 : le principe de la répartition
des forces. Quand une explosion
a lieu dans une chambre, toute la puissance produite exerce
des forces égales sur chaque parois. Dans le cas de
la fusée, les forces exercées sur les côtés
s'équilibrent, alors que les forces exercées
sur la paroi supérieure n'a pas d'opposition : la fusée
part donc du côté opposé au col.
2 : le principe d'action-réaction.
Lorsqu'on exerce une force dans une sens,
c'est l'action, une force de sens opposée se produit,
c'est la réaction. C'est grâce à ce principe
que le ballon rebondit. De même, la force due à
l'explosion provoque une réaction, poussant la fusée
dans le sens opposée : elle décolle !
|
|
| |
Principe de la fusée
|
|
Les premières
fusées du XXe siècle
Konstantin Tsiolkovski, fervent admirateur de Jules
Vernes, étudie sérieusement la propulsion des fusées
dès 1892. Après de longs calculs mathématiques,
il déduit que pour quitter l'atmosphère terrestre,
une fusée à trois étages est nécessaire.
Le principe en théorie est relativement simple : on allume
une 1ère fusée, qui en porte 2 autres. Lorsque le
combustible de cette fusée est épuisé, on
allume la seconde fusée et on largue la 1ère. La
puissance du lancement initial est ainsi retrouvée et le
poids diminué : la fusée repart donc, au lieu de
redescendre sur Terre. On fait de même avec le troisième
étage et l'on sort de l'atmosphère. Mais ce système
astucieux ne peut pas fonctionner avec "la poudre noire",
il faut un carburant liquide, plus énergétique et
plus facilement réglable.
| |
 |
TSIOLKOVSKI
Né en Russie en 1857, il devient
sourd à l'âge de 9 ans. Après quelques
années difficiles, il se réfugie dans la science
et les mathématiques. Considéré comme
le père de la recherche spatiale, bien que n'étant
que théoricien, un cratère lunaire porte son
nom
|
|
| |
Tsiolkovski, un admirateur de Jules Vernes
|
|
En 1898, il conçoit un moteur fusée
révolutionnaire qu'il décrit comme suit : "Imaginons
un missile de la façon suivante : un habitacle métallique
avec lumière et oxygène, pourvu d'un système
d'absorption du gaz carbonique, des impuretés et autres
excrétions. Cet habitacle contiendrait non seulement différents
instruments de physique, mais aussi un homme chargé des
contrôles. La fusée serait propulsée par un
propergol d'hydrogène et d'oxygène liquide, et le
contrôle de son altitude se ferait au moyen de réacteur
et d'une tuyère".
En 1903, il publie la formule permettant de calculer
la vitesse qu'il faut donner à une fusée pour placer
un satellite en orbite autour de la Terre. Mais ses recherches
ne restent que théoriques et les pouvoirs publics russes
ne le prennent pas au sérieux.
En 1906, un allemand, Alfred Maul, pense à
utiliser la fusée à des fins scientifiques. C'est
ainsi qu'après avoir inventé le "gyroscope",
matériel servant à stabiliser un engin volant en
mesurant les écarts de direction, il photographie son village
vue de haut par une fusée.
A partir de 1910, l'américain Goddard étudie
les théories de Tsiolkovski et essaye de résoudre
les problèmes posés par la réalisation de
fusée à propergol liquide. Sans aucun soutient des
pouvoirs publics, il travaille seul.
| |
 |
GODDARD
Né aux États-Unis en
1882, il devient à la fois un physicien et un expérimentateur.
En 1909, il propose 26 méthodes différentes
pour aller dans l'espace. Son génie n'est pas vraiment
reconnu par les scientifiques de son époque, et il
meurt en 45, sans avoir vu son rêve se réali-ser
: concevoir un engin pour filer sur Mars !
|
|
| |
Goddard et sa fusée
|
|
En France, à la même période,
Esnault-Peltrerie expose ses idées sur la navigation interplanétaire
: les milieux scientifiques le rejettent. Le l6 mars 1926, Goddard
lance la 1ère fusée à propergol liquide.
Elle s'élève à 12 m et parcours 56 m à
la vitesse moyenne de 96 km/h. Esnault-Pelterie crée un
concours pour récompenser les inventeurs des meilleurs
fusées. Les scientifiques daignent alors s'y intéresser,
ainsi que les divers Etat Majors.
| |
|
ESNAULT-PELTERIE
Bourgeois fortuné, né en France
en 1881, c'est un pionnier de l'aviation. Il dépose
120 brevets, dont le moteur en étoile et le "manche
à balai". Il sacrifie toute sa vie, sa fortune,
et trois doigts de sa main gauche à l'allumage de
fusées, visant les voyages interplanétaires.
|
|
| |
Esnault-Pelterie
|
|
Die vergeltungswaffen
En
1937, Hitler prépare déjà la seconde guerre
mondiale. Les ingénieurs allemands promettent au "führer"
de mettre à sa disposition une arme mystérieuse,
capable de lui permettre d'écraser ses adversaires. Cette
terrifiante découverte ne pourra avoir aucune parade, et
permettra de détruire Londres et tout le sud de l'Angleterre.
La population anglaise sera tellement affolée qu'elle exigera
la paix sous n'importe quelle condition. Hitler installe alors
un centre de recherches ultra-secret. Il choisit comme emplacement
un îlot sablonneux, couvert de pins maritimes, non loin
du Danemark, à Peenemünde. Personne ne peut y pénétrer
sans un sauf-conduit signé de la main du führer en
personne. L'arme portera l'initiale du mot "Vergeltungswaffe"
qui signifie "arme de représailles". On le baptise
"V1". Deux mille scientifiques sont affectés
à ce projet. En 1939, la seconde guerre mondiale éclate
alors que cette arme mystérieuse n'est pas opérationnelle.
Mais les avions allemands assurent le succès des 1ères
batailles. En 1942, la situation dans les airs s'inverse et la
bataille d'Angleterre montre la suprématie de la flotte
aérienne anglo-américaine sur l'aviation allemande.
Hitler presse alors ses techniciens de sortir le V1, mais les
anglais bombardent Peenemünde en Août 1943, ce qui
retarde encore sa mise au point. Le 6 Juin 1944, les alliés
débarquent sur les côtes normandes, alors que l'arme
de représailles promis pour 1939 n'est toujours pas sortie.
Le 14 juin 1944, à 4h18 du matin, le 1er V1 s'abat sur
un jardin anglais. Trois autres tombent dans l'heure qui suit,
faisant en tout 6 morts et 9 blessés.
Il
s'agit d'un véritable petit avion à réaction,
sans pilote, chargé d'explosifs. Mesurant 8 mètres
de long sur 60 cm de diamètre, avec une envergure de 5
mètres, il vole à une vitesse de 650 km/h et à
une altitude d'environ 850 m. Guidé par gyroscopes, il
comporte à l'avant une hélice mesurant la distance
parcourue. Lorsque la distance programmée est atteinte,
les moteurs se coupent et le V1 plonge sur sa cible.
Mais les nombreux défauts du V1 le rendent
vulnérable :
- Son système de mise à feu est tellement
compliqué que beaucoup explosent au décollage.
- Son lancement nécessite une rampe de 45
m de long facilement repérable par l'aviation alliée.
- Son système de guidage est très
imprécis : un V1 déréglé est tombé
à 3 km du poste de commandement d'Hitler !
- Sa vitesse, son altitude et sa trajectoire de
vol rectiligne permettent aux radars ennemis de le détecter
facilement.
-
Son attaque est relativement aisée par les avions de chasse
des alliés ou la D.C.A. : on ne craint des V1 ni fuite,
ni acrobatie, ni mitrailleuse.
Sa construction est très onéreuse
et le coût est d'autant plus élevé que seul
la moitié atteint son but !
En 1936, Hitler avait confié à Von
Braun la réalisation d'un autre engin de conception très
différente : le V2. Il ne s'agit plus d'un petit avion
sans pilote, mais d'une fusée stratosphérique fonctionnant
au progergol liquide.
Plus
besoin de rampe de lancement : il est projeté dans le ciel
à partir d'un chariot mobile. Téléguidée
par radio au moyen de gyroscopes, cette fusée décolle
presque verticalement à une vitesse si grande que l'oeil
ne peut la suivre. Au moment choisi par l'opérateur, elle
bascule sur sa trajectoire et se dirige vers sa cible à
une vitesse de 5 600 km/h.
Le premier V2 tombe sur Londres le 8 septembre
1945. Les alliés ne trouvent aucune parade contre le V2.
Heureusement, l'avancée
des alliés ne cesse de progresser, et le front recule vers
l'Allemagne. La distance est bientôt trop grande entre l'Angleterre
et le front pour que ces missiles atteignent les côtes anglaises
et les derniers V1 et V2 tombent sur Londres le 27 mars 1945.
En 9 mois, ils auront fait plusieurs dizaines de milliers de morts
et de blessés.
A la fin de la guerre, les U.S.A. récupèrent
les modèles des V1 et des V2 et confient à Von Braun
la direction du centre de recherche sur les fusées. Quant
à l' inventeur des V1, il est engagé par les Soviétiques
pour leur recherche spatiale.
A
suivre...