La saga de l'astronautique (2)
Cette saga de l'astronautique (deuxième
partie) fait partie d'un triptyque
(mesure du temps, aviation et astronautique) qui a été
réalisé par des élèves de 4 classes
de 3e du collège Georges Pompidou à Orgerus (1997
à 1999) dans le cadre d'une réalisation sur projet
encadrée par Solange E. leur professeur de technologie.
Les
premiers satellites
En 1954, 16 nations se réunissent lors d'un
congrès d'astronautique et débattent, entre autre,
de la possibilité de lancer un satellite artificiel. Il
s'agirait d'un objet qui tournerait autour de la Terre, comme
la Lune, et qui nous enverrait des informations de la-haut. On
sait qu'il faut donner à un corps une vitesse d'environ
7,9 km/s pour neutraliser la force de la pesanteur. On sait également
que cette vitesse ne peut être atteinte qu'en logeant le
futur satellite dans dans la tête d'une fusée à
trois étages, qu'on appellera la "fusée-gigogne".
Mais à ce jour, personne ne sait produire une force suffisante
pour lancer et propulser à très haute altitude cette
fusée porteuse. Car il faut sortir de l'atmosphère
terrestre pour que le satellite puisse évoluer sans être
freiné par la résistance de l'air. Ainsi, le satellite
conservera sa vitesse d'origine. En tournant autour de la Terre,
la force centrifuge s'opposera à l'attraction terrestre,
comme la cruche de lait que l'on fait tourner très vite
et qui ne se renverse pas. En 1955, le Président de l'Académie
des Sciences de l'Union Soviétique envoie à plusieurs
centaines de savants une circulaire leur demandant leur avis sur
l'utilité de satellites terrestres. La majorité
des scientifiques consultés n'imaginent pas réaliste
un vol spatial avant l'an 2000.
Le
4 Octobre 1957, à la surprise du monde entier, les Russes
lancent avec succès le 1er satellite appelé "Spoutnik",
qui veut dire "Compagnon de voyage". Le 4 Octobre au
soir, les observatoires du monde entier suivent les révolutions
du satellite vivement éclairé par la lumière
solaire. C'est une sphère de 58 cm de diamètre,
qui pèse 83 kg, et qui fait le tour de la Terre en 1h 36
mn et 2s. Les observateurs captent des émissions sonores
lancées de 2 émetteurs situés à bord
de Spoutnik, mais ces ondes sont cryptées et seuls les
Russes peuvent les décoder. Von Braun déduit que
les Russes possèdent un comburant mystérieux, capable
de dépasser largement la vitesse de 7,9 km/s.
L'inquiétude naît parmi les peuples
occidentaux : "Quel but vise la Russie en faisant tous ses
essais en cachette ? Si la Russie a réussi a gardé
durant si longtemps un tel secret, de quoi est-elle capable demain
?"
Le
3 novembre de la même année, les Russes lancent un
2ème satellite de 508 kg, "Spoutnik II", avec,
à son bord, la petite chienne "Laïka". Le
monde entier s'apitoie sur son sort: le satellite ne sait pas
revenir sur Terre. Selon les lois de Kepler, connues depuis 3
siècles, Spoutnik va tourner longtemps autour de la Terre,
puis va progressivement se rapprocher de notre globe, et se volatiliser
comme une étoile filante, au contact de l'atmosphère.
Le
peuple américain se jette dans la compétition et
le 1er février 1958, lancent leur 1er satellite de Cap
Canaveral : "Explorer". Il ne pèse que 13 kg,
mais apporte la preuve que les États Unis peuvent concurrencer
les Russes. Le 17 mars, ils lancent "Explorer II", qui
ne pèse que 1,5kg, mais qui bat le record d'altitude en
montant à 4000 km. On le surnomme "pamplemousse"
à cause de ses 16 cm de diamètre.
Le 15 mai, c'est à dire 2 mois plus tard,
l'U.R.S.S. lance "Spoutnik III". Il pèse 1327
kg et monte jusqu'à 1880 km au-dessus de la Terre. Cette
performance remarquable prouve que les Russes disposent bien d'un
comburant mystérieux, super puissant, dont le monde occidental
ne connaît rien. Cet exploit montre l'état d'infériorité
dans lequel se trouverait le monde occidental en cas de conflit
armé avec l'U.R.S.S.
Russes ou américains
: qui va gagner ?
Maintenant que l'on a acquis la certitude qu'un être vivant
pouvait subsister dans la stratosphère, à 28 000
km/h, en apesanteur, la lutte à l'échelle mondiale
est ouvertement engagée. Mais que fait l'Europe ? Détruite,
ruinée par la seconde guerre mondiale, elle panse ses blessures,
reconstruit son économie et n'a donc pas les moyens d'entrer
dans la compétition. Le match se déroulera donc
uniquement entre russes et américains.
Le score est actuellement de 3
à 2 pour les Russes qui possèdent de surcroît
un avantage considérable : la connaissance et la maîtrise
d'un comburant hyper puissant, encore ignoré des américains.
Mais le principal problème reste entier des deux côtés
de l'Atlantique : comment faire redescendre sur Terre un engin
placé sur orbite, sans qu'il se désagrège
au contact de l'atmosphère ? L'année 1959 se passe,
puis 1960, puis les premiers mois de 1961, sans que rien d'exceptionnel
ne se produise, ni d'un côté, ni de l'autre. Quelques
nouveaux Spoutniks et Explorer ont bien été lancés,
mais le public ne s'en émeut plus. On sait simplement que
de nombreux volontaires, tant russes qu'américains réclament
d'être le premier homme de l'espace. On sait également
que des centres d'entraînement sont créés
avec d'étranges appareils dans lesquels on établi
artificiellement les conditions de vitesse, d'altitude et d'apesanteur
auxquelles seront soumis les futurs voyageurs de l'espace.
Mais
tout est calme, rien ne transpire ni de Russie ni d'Amérique,
quand le 12 Avril 1961 un coup de tonnerre éclate sur le
monde : la Russie a réussi à projeter un homme dans
l'espace, à le placer sur orbite autour de la Terre, et
à le ramener vivant ! Il s'agit du commandant Youri Gagarine
(4 à 2 pour les Russes).
L'amertume
est grande aux Etats-Unis. L'homme de la rue comme le technicien
s'interroge avec inquiétude sur la puissance détenue
par la Russie. En effet, la radio retransmet dans le monde entier
certains passages du discours de M. Khrouchtchev, le soir du vol
historique de Youri Gagarine : "Notre pays que d'aucuns considéraient
comme un pays de sauvages, est parti à la conquête
de l'espace. ... Devant le monde entier, je proclame avec fierté
que nous avançons avec certitude sur la voie que nous a
tracée Lénine, nous avançons vers le communisme.
Il n'y a pas de force au monde qui puisse nous en empêcher,
qui puisse nous en détourner. L'instauration du communisme,
ce sera notre victoire."
Le
monde occidental détient ainsi la preuve que pour les Russes,
cette compétition a un enjeu militaire et idéologique
bien précis. Le lendemain de ce discours, le directeur
de la NASA réplique : "D'ici peu de semaines, les
Américains enverront un homme accomplir un voyage suborbital.
Il ne restait qu'un vol d'essai à exécuter au moment
où le cosmonaute soviétique a accompli son exploit."
En
effet, 23 jours plus tard, le 5 mai 61, le capitaine Shepard s'envole
dans l'espace. Mais à l'inverse des Russes, les Américains
opèrent au grand jour. Il n'attendent pas le retour de
Shepard pour annoncer au monde entier leur exploit et la presse
est invitée à suivre en direct cet événement
extraordinaire.
A bord de la capsule Mercury, Alan Shepard accompli
un vol de 15' dont 4' 45" en apesanteur. Il n'a pas accompli
le tour de la Terre comme Gagarine, il ne s'est même pas
mis en orbite autour de la Terre, mais à l'aide de ses
rétro-réacteurs il a lui-même freiné
son engin et l'a ramené au moment voulu dans l'atmosphère.
Une fois amerri, Shepard sort tout seul de sa capsule. L'enseignement
rapporté est capital : il a réellement piloté
sa capsule spatiale ! (4 à 3 pour
les Russes).
Ce vol est suivi le 21 juillet par un autre similaire,
avec à son bord Virgil Grissom. La capsule est montée
un peu plus haut, mais le vol n'a encore duré que 16'.
En sortant de son engin, une erreur de manuvre de la part
de Grissom a failli lui coûter la vie : il a été
récupéré vivant, mais sa capsule a coulé
à pic avec son précieux matériel à
bord.

Moins
de 15 jours après, le 7 août 1961, le cosmonaute
russe Titov est projeté dans une capsule spatiale Vostok
II en vol orbital autour de la Terre. Il y reste 24h 10', voit
17 fois le soleil se lever et se coucher, c'est à dire
qu'il fait 17 fois le tour de la Terre. La paroi extérieure
de Vostok II est portée au rouge en montant à une
température de 2 000 degrés. Ses revêtements
successifs fondent les uns après les autres comme prévu,
mais à aucun moment le cosmonaute n'en est incommodé
: la température intérieure de sa cabine reste à
25° celsius.
Titov peut boire, manger, dormir, comme s'il était
sur Terre. De plus, il pilote lui-même son vaisseau spatial,
jusqu'à lui faire exécuter un demi-tour avant d'allumer
ses rétrofusées destinées à le freiner
pour entrer dans l'atmosphère (5
à 3 pour les Russes). Un tel exploit permet de mesurer
l'avance technologique des techniciens soviétiques. La
différence avec les sauts de puces américains est
écrasante et Khrouchtchev déclare au monde entier,
à la radio : "Seul le peuple soviétique russe
pouvait accomplir un exploit d'une telle portée et d'une
telle puissance. Rien n'arrêtera désormais la marche
victorieuse du communisme dans l'univers."
Le président américain Kennedy riposte
lors d'une conférence de presse : "L'Amérique
et l'Occident n'ont pas peur. Nous gardons la supériorité
grâce à nos bombes A et H, dont regorgent nos arsenaux.
... L'Amérique aura bientôt elle aussi sa flotte
spatiale !".
Six
mois plus tard, le 21 février 1962, le colonel américain
John Glenn est lancé en vol orbital autour du globe à
bord de la capsule Mercury : il effectue 3 tours de la Terre sur
la même orbite que les russes, donc à la même
vitesse, chaque orbite ayant une vitesse qui lui est propre (5
à 4 pour les Russes). Dès lors, la compétition
de l'espace s'intensifie. Le 11 Août 1962, les Russes envoient
Nikolaeiv à bord de Vostok III qui décrit 64 orbites
autour de la Terre. Le lendemain, un deuxième cosmonautes
est lancé à bord de Vostok IV : Popovitch. Il a
pour mission d'entrer en contact avec Nikolaiev par radio puis
de se rapprocher de lui et d'atterrir de façon synchronisée.
Tout se passe à merveille après 95 h dans l'espace
pour Nikolaiev et 78h pour Popov (7 à
4 pour les Russes).
Soucieux de montrer qu'ils sont encore dans la
course, les américains envoient le 3 octobre 1962 leur
3ème cosmonaute, le capitaine Walter Shirra, toujours dans
une capsule Mercury. Il reste là-haut 9 h et fait 6 révolutions
autour de la Terre. C'est une réussite complète,
mais une ombre reste au tableau : la puissance de leur fusée
ne leur permet pas de lancer des vaisseaux de plus de 2 tonnes,
alors que les vaisseaux russes pèsent plus de 4 tonnes
! Cela n'empêche pas le docteur Dryden de déclarer
le soir de l'atterrissage :"Il y a dix-huit mois encore,
nous avions dix ans de retard. En un an, nous en avons rattrapéhuit.
A la fin de l'année, nous serons à égalité.
L'année prochaine, nous aurons trois ans d'avance."
Sept mois plus tard, en mai 1963, Gordon Cooper a pour mission,
toujours à bord d'une capsule Mercury, de porter les performances
américaines aussi près possible de celles des Russes
: il reste 34 heures en vol et parcourt 96 000 km. Tout se passe
très bien jusqu'au moment où il souhaite redescendre
sur Terre : ses rétrofusées refusent alors de s'allumer,
et personne ne peut intervenir. Après une minute d'angoisse,
c'est Cooper lui-même qui, de sa capsule, grâce à
son intelligence et son sang-froid réussit à les
faire redémarrer. Une très grande part du retard
est enfin comblée, et on atteint ainsi un score de 7
à 5 pour les Russes.
Ces
derniers n'en restent bien sûr pas là, et le 14 juin
1963, ils envoient deux nouveaux Vostoks à 3 jours d'intervalles.
La surprises provient du second cosmonautes : Valentina Terechkova,
une femme ! Les Russes sont si sûrs de leur technique qu'ils
envoient même des femmes dans l'espace ! Le monde entier
est admiratif, malgré les critiques qui vont bon train.
: "Faire prendre un tel risque à un membre du sexe
faible !" Cela ne peut que piquer au vif les américains
et stimuler un peu plus leur volonté de gagner (8
à 5 pour les Russes).
Aller dans l'espace, cela devient banal, tout le
monde sait le faire, mais la Lune ! Aller dans la Lune ? ! Le
rêve de milliers de générations ! Des 2 côtés
on s'y prépare activement. Mais alors que les Russes gardent
secrètes toutes leurs recherches, les Américains
présentent en maquette grandeur nature le futur vaisseau
Apollo avec ses trois cosmonautes qui seront envoyés grâce
à la fusée géante Saturn.
Mais pour un tel voyage, il faut savoir :
- rester 7 jours dans l'espace,
- changer d'orbite à volonté,
- diriger soi-même le vaisseau spatial comme on dirige un
avion,
- sortir de sa cabine et y revenir,
- alunir sans s'écraser sur la Lune qui n'a pas d'océan,
- puis redécoller et revenir se placer en orbite autour
de notre planète avant d'atterrir.
On en est encore loin, mais l'espoir est là
et des sommes colossales sont investies dans ce projet. 14.000
personnes travaillent pour la NASA. En juillet 1964, Mariner IV
part pour la Lune avec caméras et appareils photos de haute
précision. Passant à 10 000 km d'elle, il envoie
les premières images sensationnelles du sol lunaire.
Le 12 Octobre 1964, les Russes projettent un nouveau
vaisseau spatial baptisé "Voskhod I" habité
par 3 hommes (9 à 5 pour les Russes).
De quel combustible les Russes disposent-ils donc pour assurer
une telle poussée à leurs fusées de lancement
? La NASA s'en inquiète et travaille à la mise au
point de sa fusée géante Saturn V. Le programme
Apollo vise l'atterrissage d'un homme sur la Lune ! L'opinion
publique sourit de cette prétention américaine :
au train où vont les choses, si des hommes doivent se poser
un jour sur la Lune, le Russes y seront bien avant les Américains
!
On
a marché dans l'espace
Le
18 mars 1965, nouveau coup de tonnerre venant de la Russie : elle
a lancé un vaisseau spatial, Voskhod II, avec 2 hommes
à bord, Pavel Belaïev et Alexis Leonov. Les Russes
n'ont prévenu personne, mais maintenant que leurs cosmonautes
sont là-haut, tout le monde peut suivre, grâce à
la radio et à la télévision les détails
d'un exploit fantastique : Leonov sort du vaisseau spatial grâce
à un sas comparable à celui des sous-marins. Retenu
par un filin long de 5 m, il "marche", c'est à
dire qu'il flotte en état d'apesanteur et prend des photos
de la Terre à 173 km d'altitude. Il est revêtu d'un
scaphandre spécial le protégeant du froid, de la
chaleur, du vide et d'éventuelles petites météorites.
Il porte sur son dos des bouteilles d'oxygène comme un
plongeur sous-marin. Après être resté 20 mn
dans le vide, il retourne dans sa cabine sain et sauf ! On a ainsi
la preuve que l'homme peut, muni d'un scaphandre approprié,
se mouvoir et travailler dans le vide. Cette réussite marque
un point décisif vers la conquête de la Lune.
Après
avoir travailler jour et nuit, la NASA est prête pour la
contre-attaque. Cinq jours plus tard, le 23 mars 1965, elle lance
la capsule Gémini avec 2 hommes à bord : Virgil
Grissom, déjà parti en 1961, et John Young. Mais
contrairement aux cosmonautes russes qui étaient téléguidés
de la Terre, ces 2 cosmonautes ont à leur disposition un
vrai tableau de bord pour piloter eux-mêmes leur vaisseau
! Ils réussissent à changer d'orbite en modifiant
leur vitesse. C'est le 2ème point décisif marqué
vers la conquête de la Lune, mais par les Américains
cette fois. La preuve est faite : "Un engin spatial se pilote
dans l'espace intersidéral comme un avion dans l'atmosphère
terrestre. C'est bien d'aviation dont il s'agit."
Le lendemain, les Américains envoient un
engin s'écraser sur la Lune afin d'envoyer des photos de
celle-ci. C'est encore une réussite, les américains
ont presque comblé leur retard. Le 3 juin 1965, le 1er
américain sort dans l'espace. Il s'agit d'Edward White
qui y reste 20 mn comme Leonov, mais à partir d'une capsule
pilotée en totale autonomie. c'est un double succès.
Mais pour prétendre aller dans la Lune, encore faut-il
pouvoir rester au minimum 7 jours dans l'espace, durée
prévue pour ce voyage.
Le 16 Août 1965, 2 américains Gonrad
et Cooper décollent. Ils pilotent eux-mêmes leur
engin, font des sorties, changent plusieurs fois d'orbite, et
rentrent sur Terre ... le 29 Août, soit 14 jours plus tard
! C'est l'exploit qui amènent les américains au
niveau des Russes. Les vols d'essai continuent avec, de part et
d'autres du rideau de fer, des progrès considérables.
En 1967; on déplore les 1ères victimes
de l'espace : Grissom, White et Chaffee, brûlés vifs
au décollage de la 1ère cabine Apollo.
Les Russes dévoilent alors leur projet :
avant d'envoyer un équipage sur la Lune, ils en placeront
d'abord un autre en orbite autour de la Lune, mais sans le faire
atterrir. Qui va gagner, Russes ou Américains ?
A
suivre...